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Peppol obligatoire : l'intégrer à votre gestion, viser 2028

Par Loïc Roth, fondateur
PeppolFacturationPME

Depuis le 1er janvier 2026, les factures entre entreprises belges assujetties à la TVA doivent être des factures électroniques structurées, échangées via le réseau Peppol. Être en règle est une chose. La vraie question pour une PME est ailleurs : comment intégrer Peppol à votre gestion existante plutôt que d'empiler un logiciel de plus ? Elle se pose avec d'autant plus d'urgence que la Belgique annonce une seconde échéance, l'e-reporting en 2028, qui imposerait de transmettre les données de facturation au fisc en quasi temps réel. Cet article suit l'avancement de la réglementation et sera mis à jour au fil des annonces officielles.

Où en est l'obligation Peppol en 2026 ?

Le cadre est en vigueur. Depuis le 1er janvier 2026, toute entreprise belge assujettie à la TVA doit émettre et recevoir des factures électroniques structurées pour ses opérations avec d'autres assujettis belges. Concrètement : la facture part de votre logiciel vers le réseau Peppol dans un format standardisé, et arrive directement dans le logiciel de votre client. Un PDF envoyé par e-mail ou une facture Word ne sont plus des factures valables entre professionnels.

L'administration avait prévu une tolérance pour les tout premiers mois de 2026, le temps que chacun s'équipe. Cette période est terminée. Des amendes graduées sont prévues en cas de non-conformité, de 1 500 € pour une première infraction jusqu'à 5 000 € en cas de récidive.

Quelques situations échappent à l'obligation d'émission :

  • les entreprises qui réalisent uniquement des opérations exonérées par l'article 44 du Code TVA (certaines professions médicales, socioculturelles ou d'enseignement) ;
  • les assujettis étrangers sans établissement stable en Belgique ;
  • les assujettis en faillite ;
  • les assujettis au régime forfaitaire, dispensés d'émission jusqu'au 1er janvier 2028.

Attention à une idée reçue : la franchise de TVA (chiffre d'affaires sous 25 000 €) ne vous dispense pas de Peppol. Les factures aux particuliers, elles, restent hors périmètre. Le détail des règles et les cas particuliers sont tenus à jour sur le site officiel https://efacture.belgium.be.

Bonne nouvelle pour la facture : deux incitants fiscaux accompagnent la transition. Les petites sociétés et les indépendants bénéficient d'une déduction majorée à 120 % pour les abonnements à un logiciel de facturation et les frais de conseil liés à l'e-facturation, pour les périodes imposables 2024 à 2027. Et les investissements numériques immobilisés (logiciel acheté, licence pluriannuelle) ouvrent droit à une déduction pour investissement digital de 20 %. Autrement dit, l'État finance une partie de votre mise en conformité, mais aussi d'une éventuelle modernisation plus ambitieuse.

Pourquoi être en règle ne suffit pas ?

Face à l'obligation, beaucoup de PME ont fait le choix le plus rapide : souscrire à un petit logiciel de facturation connecté à Peppol, et continuer à travailler comme avant pour tout le reste. C'est compréhensible, et c'est légal. Mais regardez le résultat dans la durée : les devis se font dans Word, le suivi client dans un fichier Excel, la facturation dans le nouvel outil, la comptabilité chez le comptable. Quatre endroits, zéro connexion.

Chaque facture demande alors une ressaisie : reprendre le devis, retaper les lignes, recopier les coordonnées du client. Chaque ressaisie prend du temps et introduit un risque d'erreur. Et chaque question simple (ce client a-t-il payé ? où en est ce chantier ?) oblige à ouvrir trois fenêtres. L'obligation Peppol a réglé le format de la facture, pas la dispersion de vos données.

C'est le vrai enjeu du chantier : profiter de l'obligation pour rapprocher la facturation du reste de votre gestion, au lieu d'ajouter un silo de plus. Une facture ne naît pas de nulle part. Elle découle d'un devis accepté, d'heures prestées, d'une commande livrée. Si ces informations vivent déjà dans un outil central, la facture s'y génère en quelques clics et part sur Peppol sans recopiage. Ce raisonnement vaut au-delà de la facturation : nous l'avons détaillé pour l'ensemble des tâches administratives qu'une PME peut automatiser.

E-reporting 2028 : pourquoi cette échéance change la donne ?

La facturation électronique n'est que la première étape du plan belge. La seconde s'appelle l'e-reporting, annoncée pour le 1er janvier 2028 : les données de vos factures devraient alors être transmises à l'administration fiscale en quasi temps réel, via le réseau Peppol. Ce mécanisme remplacerait notamment le listing clients annuel. Les textes définitifs doivent encore préciser les modalités ; le site https://efacture.belgium.be reste la référence à suivre.

Pourquoi cette échéance mérite-t-elle votre attention dès maintenant ? Parce qu'elle rend intenable ce qui était encore tolérable. Avec la facturation électronique seule, une organisation artisanale reste possible : on encode la facture dans un outil connecté à Peppol, même si le reste vit dans des fichiers épars. Avec un envoi des données en quasi temps réel, ce bricolage atteint ses limites. Chaque facture émise, et potentiellement chaque note de crédit, devra partir vers le fisc au moment où elle existe, dans un format structuré, sans intervention manuelle. Des factures préparées dans Word et un suivi TVA reconstitué dans Excel en fin de trimestre ne peuvent pas produire cela.

Le message pour un dirigeant de PME est simple : le système que vous choisissez aujourd'hui pour Peppol est celui qui devra absorber l'e-reporting demain. Autant le choisir en pensant à 2028, pas seulement à la conformité immédiate.

Trois options pour intégrer Peppol à votre gestion

Il n'existe pas une bonne réponse universelle, mais trois familles de solutions, avec chacune sa zone de pertinence.

Option 1 : un logiciel de facturation du marché

Les logiciels belges de facturation et de comptabilité sont aujourd'hui presque tous connectés à Peppol. Pour un indépendant ou une petite structure dont les besoins se résument à établir des devis, facturer et suivre les paiements, c'est la bonne réponse dans la grande majorité des cas. Soyons clairs : si vous êtes dans cette situation, vous n'avez besoin ni d'un ERP ni de développement sur mesure. Comptez de 10 à 50 € par mois selon les fonctions, un montant en partie compensé par la déduction majorée à 120 % tant qu'elle s'applique.

La limite apparaît quand votre activité déborde du cadre prévu : gestion de projets ou de chantiers, stocks, abonnements, tarifs complexes, plusieurs entités. Le logiciel de facturation devient alors un îlot de plus, et les ressaisies reviennent.

Option 2 : Odoo ou un autre ERP

Un ERP (progiciel de gestion intégré) réunit devis, ventes, facturation, stocks et comptabilité dans un même système. Odoo, acteur belge, intègre Peppol nativement : la facture générée depuis un devis part sur le réseau sans quitter l'outil. Pour une PME dont les processus correspondent aux modules standards, c'est une voie solide, et sans doute la plus directe vers l'e-reporting.

La contrepartie : un ERP impose sa logique. Si vos façons de travailler s'écartent des processus prévus, vous les adapterez à l'outil, ou vous financerez des personnalisations qui compliquent les mises à jour. Nous avons comparé en détail ces deux philosophies dans notre article CRM sur mesure ou Odoo : que choisir ?.

Option 3 : intégrer Peppol à un outil sur mesure

Si votre gestion repose sur un outil développé pour vous, ou si votre métier justifie d'en construire un, Peppol s'y intègre par des services d'accès dédiés : des fournisseurs certifiés exposent une interface de programmation (API) qui envoie et reçoit les factures sur le réseau. Votre outil garde la main sur tout le circuit : le devis accepté devient facture, la facture part sur Peppol, le paiement se rapproche automatiquement, et les données restent dans votre source unique de vérité.

C'est l'option la plus engageante, réservée aux situations où un outil de gestion sur mesure se justifie déjà pour d'autres raisons : processus métier spécifiques, volume qui rend les ressaisies coûteuses, besoin de connecter plusieurs systèmes. Personne ne développe du sur mesure juste pour Peppol.

CritèreLogiciel du marchéOdoo / ERPOutil sur mesure
Coût d'entrée10 à 50 € / moisLicences + configuration (souvent 5 000 à 20 000 €)Développement (souvent 10 000 € et plus)
Délai de mise en routeQuelques joursQuelques semaines à quelques moisQuelques mois
Adapté siBesoins simples, peu de volumeProcessus proches des standardsProcessus spécifiques, volume, systèmes à connecter
Prêt pour l'e-reporting 2028Oui, si l'éditeur suitOui, mises à jour éditeurOui, sous votre contrôle

Les montants sont des fourchettes indicatives du marché belge : chaque situation mérite un chiffrage réel.

Comment choisir selon votre situation ?

Trois questions suffisent à dégrossir le choix.

Combien de fois une même information est-elle encodée chez vous ? Si la réponse est « une seule fois », votre organisation actuelle tient la route : un logiciel de facturation connecté à Peppol suffit probablement. Si un devis est retapé en facture, puis recopié dans un tableau de suivi, le problème dépasse Peppol.

Vos processus sont-ils standards ou spécifiques ? Vendre des prestations au temps ou des produits sur stock, c'est standard : un logiciel du marché ou un ERP le gère bien. Des règles de tarification maison, des circuits de validation particuliers, un lien fort entre la facturation et un métier de terrain : plus votre réalité s'écarte du standard, plus l'intégration sur mesure devient rationnelle.

Où voulez-vous être en 2028 ? Si vous prévoyez de toute façon de moderniser votre gestion dans les deux ans, autant traiter Peppol et l'e-reporting dans ce mouvement plutôt que de payer deux migrations. La facturation devient alors un module d'un chantier plus large : centraliser vos données, puis automatiser les tâches qui s'appuient dessus.

Par où commencer ?

Première étape : vérifiez votre conformité de base. Si vous facturez encore des professionnels en PDF ou sur papier, réglez cela sans attendre, l'obligation est en vigueur et la tolérance est passée. Un logiciel du marché connecté à Peppol s'installe en quelques jours.

Deuxième étape : cartographiez votre circuit de facturation, du devis au paiement. Notez chaque ressaisie, chaque fichier intermédiaire, chaque aller-retour. C'est ce relevé, pas le catalogue des éditeurs, qui doit guider le choix entre logiciel standard, ERP et sur mesure.

Troisième étape : décidez en visant 2028. L'e-reporting reste à préciser dans ses modalités, mais sa logique est connue : des données de facturation structurées, transmises automatiquement. Tout choix qui rapproche votre facturation de vos autres données va dans le bon sens. Tout choix qui ajoute un îlot déconnecté devra être défait dans deux ans.

Questions fréquentes

Suis-je concerné par l'obligation Peppol en tant qu'indépendant ou petite entreprise ?

Oui, dès que vous êtes assujetti à la TVA en Belgique et que vous facturez d'autres assujettis, même en franchise de TVA (chiffre d'affaires sous 25 000 €). Les principales exceptions concernent les entreprises qui réalisent uniquement des opérations exonérées par l'article 44 du Code TVA, les assujettis étrangers sans établissement stable en Belgique et les assujettis en faillite. Les factures aux particuliers (B2C) ne sont pas visées. En cas de doute, vérifiez votre situation sur le site officiel efacture.belgium.be.

Qu'est-ce que l'e-reporting annoncé pour 2028 ?

C'est la deuxième étape de la réforme belge : à partir du 1er janvier 2028, les données de vos factures devraient être transmises à l'administration fiscale en quasi temps réel, via le réseau Peppol. Ce mécanisme remplacerait notamment le listing clients annuel. Les modalités précises restent à confirmer par les textes définitifs, mais la direction est claire : vos données de facturation devront être structurées et transmissibles automatiquement, pas recopiées à la main.

Mon fichier Excel ou mes factures Word sont-ils encore légaux ?

Pour facturer un client professionnel belge assujetti, non : depuis le 1er janvier 2026, une facture Word ou un PDF envoyé par e-mail ne constitue plus une facture valable entre assujettis. Il faut une facture électronique structurée envoyée via Peppol. Excel reste utilisable en interne pour d'autres usages, mais comme outil d'émission de factures B2B, il ne répond plus à la loi.

Combien de temps faut-il pour se mettre en ordre avec Peppol ?

Si vos besoins sont simples, quelques jours suffisent : la plupart des logiciels de facturation belges sont connectés à Peppol, il s'agit surtout de choisir un outil et de reprendre vos données clients. Si vous voulez intégrer Peppol à un ERP comme Odoo ou à un outil sur mesure existant, comptez plutôt de quelques semaines à deux ou trois mois, le temps de connecter la facturation à vos données et de tester le circuit complet.

Pour aller plus loin